| Onzième Dimanche après la Pentecôte
Evangile selon Saint Matthieu (18:23-35)
C'est pourquoi, le royaume des cieux est semblable à un roi qui
voulut faire rendre compte à ses serviteurs. Quand il se mit à
compter, on lui en amena un qui devait dix mille talents. Comme
il n'avait pas de quoi payer, son maître ordonna qu'il fût vendu,
lui, sa femme, ses enfants, et tout ce qu'il avait, et que la
dette fût acquittée. Le serviteur, se jetant à terre, se prosterna
devant lui, et dit: Seigneur, aie patience envers moi, et je te
paierai tout. Ému de compassion, le maître de ce serviteur le
laissa aller, et lui remit la dette. Lettre de Saint Paul aux Corinthiens (9:2-12) Si pour d'autres je ne
suis pas apôtre, je le suis au moins pour vous; car vous êtes
le sceau de mon apostolat dans le Seigneur. C'est là ma défense
contre ceux qui m'accusent. N'avons-nous pas le droit de manger
et de boire? N'avons-nous pas le droit de mener avec nous une
soeur qui soit notre femme, comme font les autres apôtres, et
les frères du Seigneur, et Céphas? Ou bien, est-ce que moi seul
et Barnabas nous n'avons pas le droit de ne point travailler?
Qui jamais fait le service militaire à ses propres frais? Qui
est-ce qui plante une vigne, et n'en mange pas le fruit? Qui est-ce
qui fait paître un troupeau, et ne se nourrit pas du lait du troupeau?
Ces choses que je dis, n'existent-elles que dans les usages des
hommes? la loi ne les dit-elle pas aussi? Car il est écrit dans
la loi de Moïse: Tu n'emmuselleras point le boeuf quand il foule
le grain. Dieu se met-il en peine des boeufs, ou parle-t-il uniquement
à cause de nous? Oui, c'est à cause de nous qu'il a été écrit
que celui qui laboure doit labourer avec espérance, et celui qui
foule le grain fouler avec l'espérance d'y avoir part. Si nous
avons semé parmi vous les biens spirituels, est-ce une grosse
affaire si nous moissonnons vos biens temporels. Si d'autres jouissent
de ce droit sur vous, n'est-ce pas plutôt à nous d'en jouir? Mais
nous n'avons point usé de ce droit; au contraire, nous souffrons
tout, afin de ne pas créer d'obstacle à l'Évangile de Christ.
"... Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés". Cette demande de la Prière du Seigneur est illustrée par la parabole que contient l'évangile du onzième dimanche après la Pentecôte. Un roi examine ses comptes : un de ses serviteurs lui doit dix mille talents et, comme il ne peut acquitter sa dette, ce serviteur sera vendu, avec sa famille et toutes ses possessions. Le serviteur supplie le roi de lui accorder un délai. Le roi lui remet miséricordieusement sa dette. Mais le serviteur, rencontrant un autre serviteur qui lui doit une très petite somme, le prend à la gorge, refuse de lui consentir un délai et le fait jeter. en prison. D' autres serviteurs rapportent la chose au roi. Celui-ci, indigné, livre le mauvais serviteur à la torture, jusqu' à ce qu'il acquitte sa dette : «Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon, comme moi j'ai eu pitié de toi ?». Jésus conclut : «C'est ainsi que vous traitera aussi mon père céleste, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cour». Nous soulignerons deux points de cette très saisissante parabole. Dieu ne remet pas nos dettes parce que nous remettons à ceux qui nous doivent. Il y a bien une continuité, une concordance, une similitude («comme nous pardonnons...») entre le pardon que nous recevrons de Dieu et celui que nous accordons aux hommes, mais le deuxième n' est pas la cause du premier. Dieu ,dans sa générosité, prend et garde l'initiative du pardon. Lorsque nous-mêmes nous pardonnons à d' autres, ce n'est pas «notre» propre pardon que nous leur accordons. Nous "laissons passer" au-delà de nous-mêmes le pardon divin que nous avons reçu, nous le communiquons, nous nous en faisons les instruments : ainsi tout pardon vient de Dieu. D' autre part, nous ne pardonnons pas seulement aux autres parce qu'ils sont des hommes comme nous-mêmes, mais parce qu'ils sont des serviteurs du même Roi. Examinons aujourd'hui s'il n'y a pas, dans quelque repli de notre cour, dans quelque coin de notre mémoire, une offense, une injustice que nous n'ayons pas pardonnée. Nous n' avons pas le droit d' arrêter à notre propre personne le pardon qui découle de la croix avec le sang du Sauveur. Laissons-le couler, faisons-le couler sur les autres, en particulier sur ceux qui ont pu nous faire du mal. Sinon, comment oserai-je prononcer jusqu'au bout la Prière du Seigneur ? Ce pardon que Dieu m' accorde, je l'envoie plus loin que moi. Qu'il atteigne ceux sur lesquels je veux l' étendre et qu' alors il revienne à moi et se pose définitivement sur moi. Saint Paul, dans l'épître de ce jour , s'explique franchement sur les droits des apôtres; on sent qu'il répond à des critiques personnelles. Paul et Barnabé ont les mêmes droits que Céphas et les autres apôtres; ils seraient justifiés de demander aux fidèles d' assurer leur entretien matériel. "Qui fait jamais campagne à ses propres frais ? ". Néanmoins, déclare Paul, «nous n'avons pas usé de ce droit. Nous supportons tout, au contraire, pour ne créer nul obstacle à l'Evangile du Christ». La question posée ici se pose encore de nos jours, et dans les mêmes termes. Il s' agit de savoir quand il est opportun de renoncer à l' exercice d'un droit. Tout ce que nous avons le droit de faire ne sert pas également «1'Evangile du Christ». Or le service de l' évangile doit primer toute autre considération.
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Méditation du Père LEV